1973 - 1974

Au début de l'année 1973, Johnson cherche à conclure quelques dates dans l'hexagone. La période semble plus favorable pour une éclosion du groupe. Certes, des chanteurs comme Mike Brant ou Claude François tiennent encore le haut de l'affiche mais cette musique de variété commence quelque peu à lasser l'auditoire et beaucoup de jeunes Français commencent à chercher d'autres sources musicales. Dès le début de 1973 et les sorties de 'Piledriver' et du single 'Paper Plane', la présence de Status Quo dans les magazines français va en augmentant, et en longueur et en approbations. On peut lire des articles élogieux comme 'Balance harmonieuse entre les boogies rocks furieux et teigneux aux guitares ravageuses et les titres plus soft aux accents plus bluesy et moelleux, Piledriver est un album à découvrir. Il se termine par une reprise des Doors qui démontre le tempérament volcanique des quatre Anglais. Status Chaud !'. Cette dernière critique signée par le journaliste de Best, Sacha Reins est peut-être celle qui se rapproche le plus de l'esprit de l'album. 'Ca déménage les potes ! C'est du bon hard ! Ils tournent essentiellement en Angleterre et doivent être scéniquement dément. A l'écoute de 'Don't waste my time', 'Paper plane' et 'Big fat mama', qui sont des rock bien travaillés et sans bavures, on peut imaginer les amplificateurs 'fumants' des trois guitaristes ! Dans la plupart des morceaux, le guitariste rythmique souligne le 'Hard-rythm' par des accords martelés, assez secs. Quand ils veulent se donner la peine de faire du blues, vous sentez vos tripes qui vous remontent dans la gorge. C'est un bon groupe que nous tenons là ! Il semble que Status Quo doive s'inscrire au firmament des grands groupes de hard-rock britannique. Le groupe se produira, probablement, à l'Olympia de Paris, en juin. Et Status Quo s'est bien promis de donner aux Parisiens un spectacle qu'ils ne sont pas près d'oublier ! " renchérit le magazine 'Pop 2000'. C'est en ces termes qu'est donc annoncé le premier concert français de Status Quo cité plus haut. Seulement, le concert prévu au mois de juin n'aura pas lieu, le groupe conjuguant tournée américaine et touche finale à l'album 'Hello'. Mais, pour le mois d'octobre, Paris est bien mentionné dans la mini-tournée européenne mise sur pied par le management du groupe. Certes, il n'y a qu'une date, la tournée attendra ! A l'été 1973, Status Quo a vendu près de 20.000 exemplaires de 'Piledriver' à travers l'hexagone. Ce chiffre honnête résulte, comme pour l'Angleterre, trois ans plus tôt, d'un bouche à oreille effréné pratiqué dans les cours de collèges ou de lycées. En effet, ce n'est pas Rock & Folk, magazine spécialisé le plus vendu, en France qui assurera la moindre promotion. Aucune chronique d'albums, ni le moindre reportage ! Pas même l'annonce du prochain concert à l'Olympia ! Status Quo est purement et simplement ignoré ! Heureusement, pour d'autres, la donne est tout autre. A des fins promotionnelles, Extra et Phonogram s'associent en éditant exclusivement pour le magazine, un 45 tours incluant 'Paper plane'. Le single enregistre aussi quelques ventes, certes moins nombreuses que l'album mais relativement satisfaisantes au vu la situation.
C'est un groupe quasi-inconnu qui débarque en France et s'apprête à faire vibrer les célèbres planches de l'Olympia. Initialement prévu en juin (après qu'une mini-tournée fut évoquée devant débuter le 14 avril), puis le 1er octobre, ce sera, finalement, ce samedi 28 octobre qu'aura lieu cette première. Les femmes des quatre musiciens sont présentes et c'est l'occasion pour certaines d'entre elles de visiter la fabuleuse ville qu'est Paris. Pourtant, une partie de l'entourage du groupe est assez sceptique sur les chances du groupe de percer, en France. 'Lorsque nous sommes arrivés, en France, pour la première fois, certaines personnes disaient que le groupe ne serait jamais 'big', là-bas. Mais ils ont adoré Quo. Les Français n'avaient pas trop d'idées de ce que Status Quo était. Ils s'attendaient à quelque chose comme les Pink Floyd ou Tangerine Dream et lorsque le groupe est arrivé, ils attendaient assis par terre, assis en tailleur. Quo les a fait remettre sur leurs pieds et danser le boogie. Nous avons récolté, quand même, dix disques d'or, en France' soulignent Johnson et Young. Dix ? Non, ce sera même douze ! Status Quo est fier de donner son premier concert français dans la salle la plus légendaire du pays mais lorsqu'ils pénètrent dans les loges, ils sont très étonnés de les voir si petites. Francis Rossi réalise alors son rêve comme il le stipulera, quelques années plus tard : 'Quand je grandissais, je n'avais qu'une ambition : C'était jouer à l'Olympia de Paris car j'avais lu que les Stones y avaient joué. Mais quand je m'y suis rendu pour la première fois, c'était un trou … sale'. C'est après quelques rumeurs de remise du concert pour cause de trafic que les quatre têtes chevelues foulent enfin une scène française. Il est 17 heures en ce samedi après-midi lorsque Status Quo apparaît sur la scène de l'Olympia. Devant le 22 boulevard des capucines, une foule impatiente attend l'ouverture des portes. C'est la première du groupe en France et on veut avoir les meilleures places. Lorsque les portes furent, enfin, ouvertes, c'est sans aucune retenue que tout ce petit monde se rua vers les premiers rangs. Le jeune public, alors présent, est fasciné par l'impact scénique et la fougue que dégagent le groupe. Les sièges rouges de la célèbre salle deviennent vite un obstacle et d'assis, les spectateurs passent à la station debout, puis debout sur les sièges et enfin, pour les plus férus d'entre eux, debout sur les dossiers des sièges. Pourtant, Lancaster ne semble pas emballé par le comportement des Français. 'On se serait dit dans une morgue. Ils étaient assis là à nous regarder et attendaient'. Alan, habitué aux ambiances folles des salles anglaises exagère certainement mais la presse anglaise se fait pourtant l'écho du bassiste. 'Ils sont particuliers ces Français, ils se dissimulent dans les fauteuils et même leur réaction faite de sifflements et de hululements est quelque peu curieuse'. La presse française, elle, voit les choses autrement. " Le concert fut, en général, un succès qui devrait permettre d'élargir le public de ce groupe, en France, un groupe qui produit un rock sain et sans problèmes'. 'Status Quo joue un rock-blues excitant, structuré et abouti, joué avec persuasion auquel un public réceptif répond avec enthousiasme. Toute la salle est debout et chaque tête marque la cadence. Status Quo en donne pour son argent. Status Quo venait de conquérir l'Olympia, se réservant par-là même une salle archi-comble lors de leur prochaine venue après celle correctement remplie de ce jour.' sont les principaux extraits de la presse (Extra, Rock&Folk) présente en ce 28 octobre à l'Olympia. Le premier concert de Status Quo se révèle donc un succès et a pour but de promouvoir l'album 'Hello', fraîchement sorti. Les critiques, quoique peu nombreuses, sont globalement bonnes comme le témoigne ce passage " Status Quo est actuellement premier en Angleterre avec ce disque. Et le groupe n'a pas à avoir honte de ce succès qui récompense des musiciens honnêtes, dans tous les sens du terme. Disons simplement que cet album, qui sont bon la sueur et l'électricité, a suffisamment de charme et de puissance pour plaire à tout le monde ". Status Quo semble trouver sa place dans le milieu musical français d'autant plus que le nouveau single intitulé sobrement 'Caroline' se révèle redoutable dans les discothèques et les juke-box des troquets. Même les hostiles radios françaises le diffusent d'abord timidement puis plus assidument . Bon nombre de Français découvrent alors le groupe grâce à ce titre et sa fabuleuse introduction exécutée par les deux guitaristes. Considéré comme la 37ième vente de singles, le 2 décembre 1973, les débuts sont timides, à cause d'un déficit d'approvisionnement des points de ventes (10.000 exemplaires vendus) mais prometteurs. 'Caroline' et 'Hello' figurent parmi les meilleures ventes étrangères au cours des trois derniers mois de l'année 1973. L'album se vend à 300 exemplaires par jour, de décembre 1973 à avril 1974 et est la 4ième vente de la maison de ventes de disques par correspondance, Wah Wah Express, en février 1974 (n°6 en mars) juste derrière les Who, Bowie et les Stones. Il est, même, classé n°35 des ventes françaises d'albums, début 1974.

Pas mal pour un formation quasi-inconnue. La reconnaissance semble naître mais il manque au groupe une grande tournée à travers la France pour s'établir réellement. Elle est prévue pour le printemps mais reste relativement timide et peu médiatisée. Lorsque Status Quo déboule en France, le mardi 2 avril, pour sa première tournée française, 'Piledriver' s'est écoulé à près de 25.000 unités alors que 'Hello' s'est vendu à environ 35.000 exemplaires (il deviendra disque d'or en 1976), chiffres relativement élevés si on tient compte du peu de promotion faite autour du groupe. 'C'est effectivement un bon chiffre' déclarent les responsables de Phonogram. La tournée prévoit quatre dates, Lyon, Bordeaux , Poitiers et Faches-Thumesnil (banlieue lilloise) s'étalant sur quatre jours (3 au 6 avril). Après le succès de l'Olympia, Status Quo semble prêt à conquérir la province française. Hélas, le président français Georges Pompidou meurt le 2 avril engendrant ainsi un deuil national. Rick, Alan, John et Francis s'attendent à une annulation de tous les concerts d'autant plus que la France a décidé de ne pas envoyer Dani représenter le pays au concours de l'Eurovision prévu pour le samedi 6. Aucune manifestation musicale ne doit avoir lieu sur le sol français, ce jour là ayant été décrété journée de deuil national et c'est de plus le jour de l'enterrement du président français. Status Quo donne son accord pour reporter son concert de Faches-Thumesnil au dimanche 7. De Lyon, où le groupe a débarqué via la Suisse, s'ensuit une valse de coup de téléphone afin de finaliser le report. Après un moment d'incertitude, le concert de Lyon est bel et bien maintenu. Une fois le matériel monté, le Quo part au soundcheck vers 17 heures et regagne son hôtel. Au moment de partir à la salle pour le concert, la voiture réservée par les organisateurs pour véhiculer le groupe est aux abonnés absents. On doit, à la hâte, appeler un taxi. On ne peut pas dire que cette tournée démarre sous les meilleurs augures d'autant plus que les biographies, affiches et photos du groupe ne parviendront que très tard à certains promoteurs amputant le groupe d'une promotion déjà bien bâclée. Mais qu'à cela ne tienne, le premier concert de Lyon a bel et bien lieu. Le groupe est accueilli par un représentant de Phonogram qui a fait le voyage exprès depuis Paris pour féliciter et remercier Status Quo de ses ventes françaises (Un peu plus de 100.000 disques en ajoutant les deux albums et les deux singles, le tout en à peine dix-huit mois). Seulement voilà, en ce palais d'Hiver, il n'y a guère plus de 400 personnes à headbanger au son du Quo. Sitôt le concert terminé, Status Quo rentre sagement (et oui !) à l'hôtel, le train pour Bordeaux, deuxième ville visitée est prévu à 9 heures, le lendemain matin.

Le lendemain, à l'Alhambra de Bordeaux, le groupe joue devant 900 personnes. C'est une salle vieille et sale mais c'est la seule qui accepte d'accueillir des groupes de rock. Des roadies sont obligés de tenir les amplis qui menacent de tomber à tout moment tellement l'ambiance est euphorique ! Idem que la veille, le groupe regagne l'hôtel sagement, déclinant même les offres d'une boîte locale. Le vendredi 5, à Poitiers, 600 personnes assistent au concert. La soirée du 6 étant donc libre, le groupe se retrouve avec ses roadies dans la chambre de ces derniers à consommer quelques alcools. Alors que les prévisions les plus pessimistes annonçaient environ un millier de personne pour le concert prévu le samedi, l'assistance ne s'élève qu'à seulement 350 personnes, à Faches-Thumesnil. On ne peut pas dire que le report ait été bénéfique. A indiquer, néanmoins, qu'il ne fut pas, non plus, réalisé dans les meilleurs conditions, la presse ne reliant que peu l'information alors que certaines radios refusèrent même carrément de la mentionner sous prétexte qu'elles ne furent pas partenaires du projet. Sur place, en ce samedi soir, un bon millier de personnes attendirent devant la salle, dubitatifs et impatients ! Finalement, en colère, un bon nombre d'entre eux quittèrent les lieux avant qu'un émissaire ne fut envoyé sur place pour informer le peu de personnes restées. Incohérence et négligence furent à l'origine du peu de monde présent le dimanche soir. Seulement, voilà, même si l'affluence est maigre, le groupe se défonce sans compter distillant même deux rappels à chaque concert. La première tournée française de Status Quo est donc un semi-échec mais effectuée dans des conditions particulières jumelant deuil national et promotion inadaptée, le groupe s'empresse de relativiser en promettant de revenir en des circonstances plus favorables.

Le magazine Extra, à qui il ne reste malheureusement que deux ans de vie, qui accompagne la formation pendant ces quatre jours publie un article intitulé simplement 'Status Quo en tournée' dans son numéro de juin. On y apprend, sommairement, que Status Quo est accompagné de cinq roadies, que le matériel est véhiculé à l'aide de deux camions et que le groupe a failli se faire arnaquer dans un restaurant bordelais, la note ayant été exagérée de 25 %. Rock & folk assiste au concert de Lyon et donne un avis plutôt positif sur la prestation de Status Quo. C'est le premier vrai article rédigé par la revue, sur le groupe. Il aura fallut attendre près de deux ans après son éclosion ! Le célèbre magazine de rock souligne la formidable cohésion du groupe ainsi qu'une certaine originalité. Vogue édite, dans le même laps de temps, un single enregistré en 1970 chez Pye, 'Spinning wheel blues' avec 'Tune to the music' en face B, qui passe totalement inaperçu. Le choix de ce titre peut, pour le moins paraître surprenant. Conjointement, arrive en France, l'album 'Quo' qui connaît immédiatement un grand succès dans notre pays. Il faut bien admettre que la critique française n'est pas étrangère à cette réussite. " La musique de Status Quo est étonnamment régénérante ". " Gras et lourd, suintant, épais, le rock de Status Quo est toujours aussi réjouissant et dispensateur d'énergie. Qui s'en plaindrait, d'ailleurs ? Les talents de Status Quo ne se limitent pas seulement à l'élaboration d'un rock tanné par douze années de peines infructueuses, si ce n'est pour la qualité de leur musique. Des morceaux de blues et de country parsèment cet album riche et varié en perles de différentes provenances. " La presse spécialisée ne se prive pas d'encenser la nouvelle galette du groupe. C'est d'ailleurs ce disque qui implante véritablement Status Quo en France par ses fréquents passages radios car même si la reconnaissance est là et bien là, le succès se fait un peu tirer l'oreille et il faut attendre la seconde moitié de l'année 1974 pour voir la popularité du groupe, réellement grandir. L'album est classé n°20 des ventes, en France (source : Infodisc).

Le single 'Break the rules', se classe à la 31ième place de ventes de singles (source :tubes en France) et on le retrouve positionné dans divers classements pendant 4 semaines. On dénombre environ 30.000 exemplaires vendus. Le 13 août, il atteint son sommet au hit parade RTL en se positionnant en 19ième position. En cette année, cette gratitude du public français se matérialise dans le sondage annuel du magazine Best où Status Quo se classe 7ième dans le cœur des Français et passe le cap de groupe espoir à groupe confirmé. 'Quo', qui n'est évidemment pas étranger à ce succès, demeurera pendant longtemps l'album préféré des Français. 'Je sais que 'Quo' a eu plus de succès que 'Hello' en France et que les Français le préfèrent toujours. Mais cela doit être une question de mentalité, il est davantage fait pour vous. C'est comme l'habillement. Ce qu'un Français porte avec naturel apparaîtra comme une marque de prétention chez un Anglais. C'est la même chose pour 'Quo'. A l'image de ce dessin un peu stupide qui est sur la pochette, il est peut-être trop prétentieux pour nous, mais vous plaît à vous'. Cette étrange explication est signée Francis Rossi et est publié dans le Best de décembre 1980. Vogue édite une compilation de la période 'Pye' nommée 'Encore'. La pochette montre Lancaster et Rossi en pleine action au festival de Reading en 1973. En décembre 1974, le magazine Best décrit Status Quo comme un groupe d'une merveilleuse simplicité, un groupe enfin sympathique qui a enfin compris que le rock'n'roll est quelque chose de très simple. Il est alors évoqué la future tournée de janvier. L'année 1974 est une année d'implantation pour Status Quo. Le groupe n'est plus anonyme et il est maintenant aisé de trouver 'Piledriver', 'Hello' et 'Quo' chez les disquaires. C'est dans cette atmosphère positive que va bientôt débarquer le nouveau single 'Down down'.