1962 - 1969

'Rossi, ça ne vous intéresse pas ce que je dis ? jette à travers la classe, le professeur de français de la Segdehill Comprehensive School. 'Vous pensez, peut-être, que le français n'est pas une langue assez parlée dans le monde ?' 'Non, ce n'est pas çà, mais je n'ai pas besoin d'apprendre le français puisque je vais devenir une rock-star et que quelqu'un traduira pour moi'. réplique aussitôt l'adolescent rebelle. En 1962, le jeune Francis Rossi, 13 ans, n'a aucun doute sur son avenir. Pourtant, la connaissance de la langue de Molière lui aurait été bien utile car il ne croyait peut-être pas y revenir aussi souvent dans notre beau pays. Pourquoi ? Parce que Status Quo va y devenir l'un des groupes les plus populaires surtout pendant la décade des années 70. Il ne faut pourtant pas attendre très longtemps pour voir Rossi et sa bande débarquer dans l'hexagone. C'est à l'été 1966, en juillet, que les Spectres se produisent à Avignon et Lyon. Les cinq jeunes débarquent à Calais et doivent traverser tout le pays du nord au sud, dans un vieux fourgon Thames. Cette vieille fourgonnette peine à véhiculer le groupe et la panne peut intervenir à tout moment. 'Le fourgon n'avait que trois vitesses. La troisième fonctionnait indépendamment des deux autres. Donc si on voulait aller vite, il fallait pousser le fourgon de façon à ce qu'il prenne suffisamment de vitesse pour pouvoir passer la troisième. On pouvait rouler pendant des heures mais s'il fallait s'arrêter, Roy devait sortir, passer en dessous du camion et changer les vitesses à la main. Mais quand on est arrivé à Paris et qu'on a remonté les Champs-Elysées, j'étais en troisième sur cet énorme rond-point. J'ai prié pour que les flics ne nous arrêtent pas mais, bien sûr, ils l'ont fait. On a tous du sauter du fourgon et le pousser pour qu'il prenne de la vitesse. Les flics nous ont arrêtés et on leur a expliqué qu'on avait rien d'autre que la troisième et qu'il fallait bien qu'on monte la pente. Alors ils ont complètement arrêté la circulation pour nous permettre de prendre de la vitesse et finir la montée. Mais on y arrivait pas, alors on est tous descendu du fourgon et on s'est mis à pousser. Les policiers formaient une longue file, ils jouaient du sifflet et nous on a dû redescendre l'avenue. Après, Roy a passé un couple d'heures à essayer de changer de rapport de boîte, de façon à ce qu'on puisse poursuivre notre trajet' se souvient Lancaster. 'L'embouteillage était vraiment gigantesque. Un flic est monté sur le camion, et avec son sifflet, il nous a frayé un chemin. Il a bloqué la circulation sur trois kilomètres pour nous permettre de passer' précise Rossi. Roy Lynes, lequel possède quelques notions de mécanique y va de son explication : 'Le voyage fut un cauchemar. La boîte de vitesse du van ne fonctionnait pas bien et j'avais juste assez d'outil pour opérer une réparation qui nous mena à un garage où nous avons dépensé le peu d'argent que nous possédions. Puis notre van est, de nouveau, tombé en panne et nous avons réussi à réparer, temporairement, et faire le chemin de Paris à Londres, en deuxième'. Tous ces problèmes n'empêcheront pas Lynes d'écrire le titre 'Wait just for a minute', pendant ce périlleux périple. 'Nous étions à Avignon et Lyon pour deux semaines. Nous avions eu la permission d'y aller, nous étions si jeunes. Le club où nous jouions était toujours vide. Nous connaissions bien les responsables et ils nous donnaient des surnoms en raison de notre jeunesse. Ils pensaient que je ressemblais à un petit ours en peluche et m'ont appelé Nuffler, ce qui signifie plus 'petit cochon'. Finalement, ça s'est transformé en Nuff-Nuff' se souvient Lancaster. 'Je ne sais pas comment nous sommes venus jouer ici mais il est stupéfiant de voir le nombre de groupes anglais qui ont joué là. La première fois, lorsque nous avons commencé à jouer, il n'y avait personne dans la salle. Alors, bien sûr, nous avons arrêté. Aussitôt, le propriétaire du camp est venu nous voir pour nous demander de continuer, qu'il attendait dix personnes. Il avait raison, peu de temps après, il y avait une dizaine de personnes. Mais jusqu'à ce qu'ils arrivent, on a joué dans une salle complètement vide. Nous avons joué quelques soirs devant dix personnes seulement. Je suis retourné dans la région quelques années plus tard avec ma femme, et, c'est bien dommage, je n'ai pas pu retrouver ce club' ajoute Coghlan. 

Pressage promotionnel pour la radio française (09/02/1968)
Pressage promotionnel pour la radio française (09/02/1968)

Les quinze jours terminés, les quatre jeunes adolescents retournent dans leur pays certainement loin d'imaginer que le pays présidé par le Général de Gaulle deviendra, près de dix ans plus tard, l'un de leur plus fidèle bastion. Pourtant, les premiers singles du groupe appelé alors 'The Spectres' ne sont pas édités, en France. Ils n'ont aucun succès sur leur propre territoire alors pourquoi en auraient-ils dans un pays étranger tel que la France qui, à cette époque, préfère choyer ses vedettes yéyé qui, pourtant, sentent la fin de leur suprématie arriver. L'implantation du groupe est assez difficile. La France le boude, ne le reconnaît pas. 1968, dans un pays en pleine restructuration sociale, voit la sortie, dans l'indifférence générale, des singles suivants 'Pictures of matchstick men', 'Black veils of melancholy', et 'Ice in the sun'. Quelques centaines d'exemplaires seulement sont écoulés dans les quelques magasins qui sont approvisionnés. Pourtant, deux de ces titres obtiennent un beau succès tout autour des frontières françaises (Suisse, Belgique, Allemagne). Au mois de septembre 1968, naît le magazine 'Best', qui, au cours des années sera toujours un fervent supporter du groupe en opposition à 'Rock & folk' lequel fera couler beaucoup d'encre sur ses articles souvent virulents. Best fera beaucoup pour populariser le Quo, notamment par l'intermédiaire d'un de ses journalistes les plus connus, Hervé Picart. Pendant ce temps, l'ère psychédélique arrive, comme en Angleterre, en bout de course. Au mois de décembre 1968, Status Quo devait effectuer un tour européen de radio (Suède, Suisse, Danemark, Norvège, Allemagne, France) qui devait de terminer, le 19 décembre, à Paris pour l'enregistrement de trois shows à la radio française. Ce tour sera annulé, toujours au profit de concerts anglais. Une seconde tentative de se faire connaître, en France, est avortée lorsque les concerts et les passages radios programmés, fin aôut 1969 sont annulés. De ce fait et afin d'éviter de nouveaux bides, l'année 1969 est vierge de toute parution discographique du groupe, en France. 




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